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Alexis Hubert, Snefid : « Nos métiers, essentiels au maintien du service public de gestion des déchets, ont su se mobiliser »
Alexis Hubert, Snefid : « Nos métiers, essentiels au maintien du service public de gestion des déchets, ont su se mobiliser »
Alexis Hubert, directeur général d’Ourry, est également président du Snefid, le Syndicat national des entrepreneurs de la filière déchet. Il nous a accordé une interview pour évoquer les conséquences de la crise sanitaire sur l’activité de la filière, qui a notamment dû s’adapter face à l’afflux des déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI), principalement dans les régions Ile-de-France et Grand Est.

Quelles sont les conséquences, notamment économiques, de la crise sanitaire et du confinement sur l’activité des entreprises de la filière ? Des entreprises sont-elles menacées ?
La crise sanitaire a effectivement eu des conséquences sur nos entreprises qui sont des entreprises de prestations de services. Toutefois, l’ensemble de nos activités ont bien été considérées par le gouvernement comme essentielles, ce qui a d’ailleurs été le cas, puisqu’en matière de déchets ménagers, les collectes ont été maintenues tout comme les sites de traitement, mais dans des conditions de travail différentes et adaptées. En revanche, si nous prenons l’activité de déchèteries publiques, celles-ci ayant été massivement fermées, le constat n’est pas le même.
Pour ce qui concerne les services liés aux professionnels, la situation est beaucoup plus disparate et les sociétés plus impactées : les arrêts d’activités ont de facto impacté nos services de collecte, de tri et de traitement même si nos entreprises ont maintenu un service minimum pendant tout le confinement. L’activité partielle a été largement activée.
Quant à savoir si des entreprises sont menacées, l’heure est aujourd’hui à la reprise des activités et au bilan : toutes nos entreprises et a fortiori les TPE, PME et ETI que nous fédérons œuvrent avec leurs clients, publics et privés, à une reprise globale des activités et font le bilan des impacts financiers. Il est trop tôt pour en tirer des conclusions.
 
Quelles mesures avez-vous été contraint de prendre pendant le confinement ?
La protection de nos salariés a été notre priorité dès le début de cette pandémie. Il a fallu réorganiser nos activités, mettre en place le télétravail et la garde d’enfants. Pour ce qui concerne la mise en place des gestes barrières, elle a impacté la productivité de nos activités mais nous avons dû faire preuve de pragmatisme. Ainsi, pour la collecte des déchets, il a fallu repenser nos circuits de collecte et récupérer les équipiers de collecte sur la tournée pour éviter d’avoir trois personnes en cabine. Pour les centres de tri, il a fallu réorganiser les postes de travail et équiper nos salariés de masques.
Ce que nous souhaitons néanmoins retenir de cette crise sans précédent, c’est que nos métiers, essentiels au maintien du service public de gestion des déchets, ont su se mobiliser et fédérer les énergies pour ensemble continuer à remplir notre mission de salubrité public. Nos collaborateurs ont été en première ligne dans cette crise et nous les remercions.
 
Comment la reprise de l’activité se déroule-t-elle après les mesures de confinement ? Quelles sont les nouvelles procédures à suivre sur les différents chantiers ?
La reprise d’activité depuis le 11 mai est croissante, ce qui est plutôt une bonne chose. Nous avons maintenu l’ensemble des gestes barrières et des protections individuelles mises en place. Le retour à l’entreprise s’opère tout en veillant à privilégier le télétravail et les préconisations du Haut Conseil à la Santé Publique.
La difficulté majeure est bien entendu la baisse de productivité en raison des gestes barrières : ainsi le déconfinement et la réouverture des déchèteries a été complexe à mettre en œuvre puisqu’il était difficile d’appréhender le flux des usagers, les quantités à collecter, à trier puis à traiter. Le ministère de l’Environnement a d’ailleurs piloté des réunions spécifiques afin que l’ensemble des acteurs impliqués puissent travailler de concert à un « retour » à la normale dans les conditions particulières de cette crise.
Pour les autres activités, notamment relatives aux déchets professionnels, nous accompagnons la reprise des activités. Nous maintenons bien entendu les gestes barrières et informons nos salariés des mesures de sécurité « spécial Covid » mises en place chez nos clients.
 
Plus particulièrement, comment les déchets médicaux (DASRI) sont-ils traités ? Des précautions supplémentaires ont-elles été prises dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 ?
La collecte et le traitement des DASRI, compte tenu de leur nature, relèvent toute l’année, Covid ou non, d’une attention particulière en termes de sécurité et de protection de nos collaborateurs. Cette activité est fortement réglementée et  la crise Covid n’a pas fait exception à la règle. Cependant, l’ampleur de cette crise et la communication font qu’ils nous a fallu faire face à deux aspects très nouveaux:
D’abord, la gestion psychologique de nos collaborateurs et de nos clients. Compte tenu de cette situation extrêmement anxiogène, nous avons apporté une vigilance particulière à l’ensemble de nos collaborateurs qui partent tous les matins pour aller collecter les déchets en leur fournissant masques, gants et visières, ce qui est habituel, mais en renforçant les consignes de distanciation et en préparant notre logistique de sorte qu’il n’y ait aucun contact entre nos clients et notre personnel. Nous avons par exemple organisé notre activité afin que les contenants soient préparés et mis à disposition dans les Ehpad juste avant l’arrivée de notre chauffeur, afin d’éviter tout contact avec le personnel soignant.
Ensuite, nous avons dû faire face à l’augmentation des volumes de déchets produits. Les volumes de DASRI produits à traiter lors de la période de crise ont fortement augmenté, principalement dans les régions très touchées, telles que l’Ile-de-France et le Grand Est. En coordination avec les agences régionales de santé notamment, nos entreprises se sont mobilisées pour maintenir le service et trouver des solutions alternatives ponctuelles et limitées dans le temps (l’allongement du délai de collecte, l’apport de quantités sur d’autres sites de stockage intermédiaires ou de traitement dans des régions moins touchées, etc). Quant aux prestataires plus spécialisées dans le secteur diffus, certains professionnels tels que les chirurgiens-dentistes, les pédicures-podologues, ou encore les tatoueurs ont été contraints de fermer, ce qui a perturbé l’activité et impacté l’économie de ces collectes.
 
Selon vous, combien de temps sera nécessaire pour un retour à la normale de l’activité, voire pour retrouver le niveau de 2019 ?
Il est extrêmement difficile de répondre à cette question. Si nous prenons l’exemple des déchèteries, la filière des DEEE est presque revenue à un taux de collecte hebdomadaire de l’an dernier, qui s’explique notamment par un vrai destockage de la part des citoyens couplé à des ventes d’appareils neufs. Pour autant cette situation va-t-elle perdurer ? Cette projection est difficile à appréhender. Il est clair que nous souhaitons tous un retour à l’identique mais il est vraiment difficile de se prononcer.
 
Par Propos recueillis par Franck Boittiaux, le 02/07/2020
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