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L'in-situ attend son heure

Par Marie Mabin - 08.12.08
En terme de traitement des sols pollués, les techniques in-situ (sans excavation) présentent généralement un bilan environnemental et économique intéressant. Cependant, souvent plus consommatrices de matière grise et de délais, elles sont encore peu utilisées en France. Mais la donne pourrait bientôt changer.
Centre ville de Bruxelles, à proximité d'une station de métro, une contamination  du sol par des hydrocarbures a été traitée de façon in-situ (sans excavation) par désorption thermique (le sol est chauffé pour en éliminer les polluants). Ce site, sur lequel l'excavation n'était pas envisageable, est le premier à avoir mis en œuvre la technique de thermopile in-situ de Deep-Green. En deux mois l'équivalent de 3000 m3 a ainsi été assaini. Ailleurs à Bruxelles, c'est un parking pollué par une fuite de citerne qui a pu être traité en deux semaines.
Le thermopile in-situ est un nouveau procédé qui combine les avantages d'une solution in-situ (pas d'excavation, donc pas de trafic de camion, de voiries fermées de poussières...) et la rapidité d'une excavation. Cependant, peu de technique in-situ peuvent encore se prévaloir d'une action aussi rapide. Dans la grande majorité la durée des traitements semble le principal frein à leur mise en pratique.

Freinée par les délais

« Hormis les délais, d'au moins plusieurs mois voire plusieurs années, l'in-situ présente des avantages indéniables : Plus économe, il provoque moins de nuisances, moins d’impacts,... Il faut encourager ce type traitement qui demande à anticiper les choses,  à changer la façon de penser » souligne Rémi Muth, directeur métier traitement des sites et sols pollués chez GRS Valtech. Pour lui, si la grande majorité des chantiers est encore réalisée par excavation et mise en décharge c'est parce que les opérations immobilières ne sont pas assez planifiées en amont.

« En France on envoie les terres polluées en décharge. C'est un transfert de polluant navrant et scandaleux » fulmine Hubert Bonin gérant créateur de Hub Environnement et président de la commission sols pollués de l’AFITE (Association française des ingénieurs et techniciens de l'environnement). Le constat est sans appel : « Sur les plus de deux millions de tonnes traitées en 2006, plus de la moitié l'ont été hors sites. Seuls 26% ont des traitements ont été effectués in situ et 20 % sur site (avec excavation mais traité sur place) » résume Frédérique Cadière, chef de projet sites et sols pollués à l'Ademe (agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Elle révèle également, qu'à périmètre constant, les traitements hors-site  progressent de façon importante avec une part de marché passé de 30% en 2002 à 42% en 2006.

Nouvelle méthodologie

Elle se base sur un ouvrage très attendu, qui sera disponible sur le site de l'Ademe début 2009. L'ouvrage « traitabilité des sols pollués : guide méthodologique pour la sélection des techniques et l’évaluation de leurs performances » permettra de mieux appréhender les différentes techniques de traitement et leur coût de mise en œuvre. En permettant de mieux se retrouver dans la jungle des traitements, il favorisera peut-être le recours aux solutions alternatives à l'excavation.
La  nouvelle méthodologie de gestion des sites pollués (1) devrait elle aussi faire peser la balance du coté des solutions in-situ. En effet, le choix des méthodes de traitement doit désormais prendre en compte le bilan environnemental global des différentes solutions. Ainsi, les impacts secondaires, comme la circulation de camions, doivent faire partie intégrante du bilan coût/avantage à effectuer pour l'élaboration du plan de gestion.

Injecter de la matière grise

« Face aux enjeux du développement durable et, à la progression des techniques, l'in-situ devrait largement progresser » se projette Hubert Bonin. Cependant, venting, désorption thermique in-situ, oxydation chimique, phytostabilisation,... ces procédés ne se développeront que si maîtres d'œuvre et d'ouvrage consentent à injecter plus de « matière grise dans les projets ». « L'in-situ demande beaucoup plus d’ingénierie et de pluri-compétences. C'est un travail tout en finesse qui implique de connaître parfaitement le sol : nutriment, accepteur d’électron, inhibiteur bactérien, … et les pollutions présentes » souligne Stéphan Colombano, chargé de mission sols pollués au BRGM (bureau de recherches géologiques et minières). Ainsi, contrairement à l'excavation, assez simple à mettre en œuvre, les techniques in-situ exigent des spécialistes aguerris et des méthodes d'analyse très pointues.


(1) Ce plan de gestion est exigé par les circulaires et notes ministérielles du 8 février 2007. L’ensemble des textes et des outils disponibles sont consultables sur le site www.sitespollues.ecologie.gouv.fr/.